florence hennequin

ici et maintenant


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Passons l’éponge !

La réflexion du jour vous semblera triviale, mais si incontinent je vous la livre ici, c’est qu’elle est pour les couples une question cruciale, différent souvent prêt à leur gâcher la vie.

En cet intime lieu dénommé « les toilettes », il est un contentieux qui ne se résout pas. La femme aimerait tant voir baissée la lunette, le demande souvent, mais il ne le fait pas.

Mes chères consœurs au lieu de piquer une crise, chaque fois que votre homme oublie de la baisser, essayant d’éviter que la rage vous grise, vous devriez plutôt vous en émerveiller.

Car si la voir debout ainsi vous fait pâlir, de sa lévitation vous êtes ulcérée : délicate attention, ne voulant rien salir, c’est que votre homme au moins prit soin de la lever.


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Crêpes show

Voulant leur insuffler l’esprit de la Bretagne, je fis pour mes parents un repas de galettes. Et comme un vent d’embruns, l’enthousiasme nous gagne : fumet du sarrasin qui nous monte à la tête ?

Mon père alla quérir, tout au fond du cellier, un bon cidre en bouteille, derrière les fagots. Il choisit du Voivère, en avez-vous goûté ? C’est recevoir en bouche l’étrave d’un bateau !

Ce breuvage ébouriffe, il égaye votre âme. C’est le vent du grand large, soûlant, grisant et fier ! Il nous enivre tant que nous rendons les armes… Chacun de nous reçu sa bolée de Voivère.


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Avancée technologique.

Avez-vous remarqué, malgré l’insistance des directeurs de salles à nous faire éteindre nos cigarettes, puis écraser notre portable avant toute représentation, qu’il y’a toujours un comique paraissant étanche à ce pense-bête ?
S’en suivent immanquablement, outre une exaspération bien légitime et un exploit de concentration de la part des interprètes, quelques modifications de nos plus grands classiques…
Lors d’un concert Debussy, un téléphone donne de la voix.
Erratum sur le programme : prélude à l’après-midi d’un iPhone.
Ou encore pendant une lecture des Fables de La Fontaine par un éminent comédien.
Moralité : Le réseau du plus fort est toujours le meilleur.


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Le bateau livre

L’enfant était fascinée par ce livre, ses côtes doucement saillantes sous le cuir patiné, à l’odeur délicate. Il lui semblait que sans cesse il lui chuchotait des douceurs.
Bien sûr les adultes lui défendaient de le toucher, craignant qu’elle ne l’abîme, se moquant même de son attirance têtue : tu ne sais même pas lire !
Ils ne comprenaient pas.
Ce lien si fort entre l’enfant et lui. L’enfant qui n’avait pas besoin de savoir lire pour en saisir la magie.
Au moment du café suivant le déjeuner, la petite assemblée déserta la maison pour emporter son bruit dehors, oubliant tout de la brûlante convoitise.
Instant suspendu comme un souffle, joues en feu-cœur battant, elle saisit prestement le livre et le glissa sous son pull. Elle fila dans le parc retrouver un arbre de ses amis, celui qui la tenait dans ses bras et la berçait, quand elle venait lui confier ses chagrins et ses peurs.
Courant, il lui semblait porter le monde, et qu’elle était faite pour ça. Si dense et pourtant aérien, faisant partie d’elle, la peau contre la peau.
Arrivée au creux de l’écorce, elle caressa un instant la rondeur de la reliure, tiédie par la course. Le livre lui parlait, semblait contenir un infini de murmures. Il émanait de lui une chaleur douce comme la vie, comme nourrie de la sienne. Elle ouvrit la couverture, et comme prise d’un éblouissement, la referma pour reprendre son souffle, submergée.
Nullement effrayée., emplie de confiance et de jubilation, elle ouvrit cette fois le livre lentement et s’y plongea. Il laissait échapper des volutes de lumière où scintillaient des poussières d’été, des effluves tantôt boisées tantôt maritimes, sentant le chaud, l’humide et le frais, et toutes les sensations, tous les sons, toutes les musiques et les langues de la terre qu’elle comprenait parfaitement.
Comme si elle pouvait vivre, humer, inspirer toute sa vie d’un seul coup, toutes les vies possibles, en comprendre tout les secrets.
Elle sentit qu’elle pouvait de sa substance faire ce que bon lui semblait. Alors elle se dissout, vapeur chaude et lumineuse, puis comme un adieu au monde en se l’appropriant, devenant l’univers, elle entra dans le livre qui se referma.


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Comme un livre,

  il s’est ouvert pour moi cet automne une grande histoire. Fabuleuse aventure qui me vrille à perdre haleine, me passionne, me bouleverse, m’accapare, toute à la découverte d’un monde maintes fois traversé, rendu méconnaissable par tant de flamboyance. 

Le début fut un peu gauche, malaisé. Agacée, je me perdais dans les digressions fatigantes d’un esprit fulgurant. Tant d’intelligence me révoltait presque, m’emportait comme un torrent de cristal, un peu froid. M’intimidait, surtout, me faisant sentir l’insondable profondeur de mon inculture. C’est un peu de mauvaise grâce que j’allais aux rendez-vous. Je ne restais jamais très longtemps. 

Attirée irrésistiblement par la verve inouïe, par cette énergie folle, cette vigueur, j’ai tout de même insisté, mis peu à peu mon orgueil en veilleuse, jusqu’à rentrer dans le vif. 

Coup de grisou. 

Dans ce tourbillon assourdissant d’émotions et de couleurs, de choses inconnues, à la limite souvent de ma compréhension, où chaque ligne de l’histoire est un chef-d’œuvre, une magie douce, j’éprouve un presque malaise. Cette aventure me prend sans mon consentement, m’oblige à tout arrêter, à me couper du monde, pour ouvrir la porte secrète sur la lumière de cet univers flamboyant. Comme si chaque goutte de l’espace devenait un merveilleux prisme, à travers lequel on voit, sent et vibre avec une acuité impossible. Parfois j’hésite à l’ouvrir, craignant sourdement le flot de merveilleuse émotion, ne m’en sentant pas digne, sachant n’être pas d’un monde semblable. Emportée, dépassée. Quelque chose en moi se déchire, et s’écoule de cette blessure une vibration si douce que j’en pleurerais. Bouleversement de rencontrer un être qui semble avoir tout vécu, tout ressenti si fort qu’il ne restera plus rien après. 

Je voudrais étirer le temps, tout apprendre par cœur, tout faire mien et encore lire entre les lignes. Mais la fugace extase d’être traversée par la fièvre de cette langue est insaisissable. 

Alors je m’élance, à cette histoire je me donne et m’adonne, qu’importe ce qu’il adviendra, dans quelle misère et dans quel manque, dans quel abandon je me trouverai quand se tournera la dernière page. 

Quand je refermerai Ada ou l’ardeur de Vladimir Nabokov.