florence hennequin

ici et maintenant


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Avancée technologique.

Avez-vous remarqué, malgré l’insistance des directeurs de salles à nous faire éteindre nos cigarettes, puis écraser notre portable avant toute représentation, qu’il y’a toujours un comique paraissant étanche à ce pense-bête ?
S’en suivent immanquablement, outre une exaspération bien légitime et un exploit de concentration de la part des interprètes, quelques modifications de nos plus grands classiques…
Lors d’un concert Debussy, un téléphone donne de la voix.
Erratum sur le programme : prélude à l’après-midi d’un iPhone.
Ou encore pendant une lecture des Fables de La Fontaine par un éminent comédien.
Moralité : Le réseau du plus fort est toujours le meilleur.


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Le bateau livre

L’enfant était fascinée par ce livre, ses côtes doucement saillantes sous le cuir patiné, à l’odeur délicate. Il lui semblait que sans cesse il lui chuchotait des douceurs.
Bien sûr les adultes lui défendaient de le toucher, craignant qu’elle ne l’abîme, se moquant même de son attirance têtue : tu ne sais même pas lire !
Ils ne comprenaient pas.
Ce lien si fort entre l’enfant et lui. L’enfant qui n’avait pas besoin de savoir lire pour en saisir la magie.
Au moment du café suivant le déjeuner, la petite assemblée déserta la maison pour emporter son bruit dehors, oubliant tout de la brûlante convoitise.
Instant suspendu comme un souffle, joues en feu-cœur battant, elle saisit prestement le livre et le glissa sous son pull. Elle fila dans le parc retrouver un arbre de ses amis, celui qui la tenait dans ses bras et la berçait, quand elle venait lui confier ses chagrins et ses peurs.
Courant, il lui semblait porter le monde, et qu’elle était faite pour ça. Si dense et pourtant aérien, faisant partie d’elle, la peau contre la peau.
Arrivée au creux de l’écorce, elle caressa un instant la rondeur de la reliure, tiédie par la course. Le livre lui parlait, semblait contenir un infini de murmures. Il émanait de lui une chaleur douce comme la vie, comme nourrie de la sienne. Elle ouvrit la couverture, et comme prise d’un éblouissement, la referma pour reprendre son souffle, submergée.
Nullement effrayée., emplie de confiance et de jubilation, elle ouvrit cette fois le livre lentement et s’y plongea. Il laissait échapper des volutes de lumière où scintillaient des poussières d’été, des effluves tantôt boisées tantôt maritimes, sentant le chaud, l’humide et le frais, et toutes les sensations, tous les sons, toutes les musiques et les langues de la terre qu’elle comprenait parfaitement.
Comme si elle pouvait vivre, humer, inspirer toute sa vie d’un seul coup, toutes les vies possibles, en comprendre tout les secrets.
Elle sentit qu’elle pouvait de sa substance faire ce que bon lui semblait. Alors elle se dissout, vapeur chaude et lumineuse, puis comme un adieu au monde en se l’appropriant, devenant l’univers, elle entra dans le livre qui se referma.


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Matin

Levée tôt pour voir mieux le jour venir au monde, je contemple le ciel devenu bleu et rose. De très petits nuages, par le dessous s’empourprent, et comme intimidés peu à peu s’évaporent.
La lumière devient franche et dilue les couleurs, tout n’est plus que clarté dans un air immobile.


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Au commencement il y avait les dieux et les Hommes.
Mais les femmes et les hommes n’étaient pas simplement humains. Il leur avait été donné de garder une grande part de divin en eux.
Hélas, au lieu de louer ce cadeau et grâce à lui d’acquérir la sagesse, ils en firent bien mauvais usage.
Les dieux en eurent assez et se réunirent.
Ne pouvant lui ôter sa part divine, ils cherchèrent un moyen de la dissimuler à la conscience de l’Homme.
Ils songèrent à l’enfouir au plus profond de la terre, là où aucun humain ne pourrait se rendre.
Mais ils se dirent que les Hommes, dans leur folie, seraient bien capables de trouver le moyen de creuser jusqu’au cœur.
Ils envisagèrent alors les profondeurs insondables de la mer.
Mais ne doutèrent pas que viendrait un temps où les hommes seraient capables d’aller y chercher ce trésor.
Alors l’un des dieux eût l’idée de cacher le divin en l’homme dans le seul endroit où il n’irait jamais chercher.
En lui-même.


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Cet après-midi, je me sentais le cœur enfin léger.
Tu parles…
Pas plus tôt envisagé ce mot vainqueur, j’aperçois un couple enlacé dans l’herbe, me rappelant le bonheur d’être simplement contre lui. Et me voilà suffocant de désespoir.
C’est curieux le chagrin…
 Comme une lame de fond qui vous soulève, un retour de flamme dans un incendie de forêt.
Alors je ne fuis pas son énergie, je la respire à pleins poumons, la sens me traverser. J’attends qu’elle passe.
Jusqu’à la prochaine, qui prendra peut-être son temps pour me rendre visite.