florence hennequin

ici et maintenant

Ville de ma vie.

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Dans cette jungle de bruit, fatras suffocant et agité, je déambule nez au vent, toujours émerveillée par sa beauté.
Elle me renverse.
Me saute aux yeux chaque fois que j’y reviens.
Si on me lâchait les yeux fermés dans n’importe quel coin de Paname, je saurais dans quel quartier je me trouve, au premier coup d’œil. Je me demande ce qui fait, dans une cité si vaste, l’ambiance unique de chaque arrondissement. C’est pour moi évident et confus à la fois.

Coups de Klaxon, coups de gueule, même les parisiens je les aime.
Hargneux porc-épics, pourtant si prompts à se détendre et devenir charmants dès qu’on leur offre un sourire. La pression parfois s’évanouit au détour d’un bon mot, d’un problème ou d’une situation cocasse. Alors les gens se rassemblent, font bloc, et parfois se marrent.
J’ai fini par aimer qu’ils ne soient pas avenants, qu’ils se méritent. La chaleur n’est jamais loin, prête à faire surface. À chacun, elle manque tant !
Au moins n’a-t-elle rien de factice.

J’aime passionnément contempler l’humanité dans le métro. Gens de toutes les couleurs, tous âges, tous styles. Essaims de jeunes filles inconscientes de leur beauté, riant fort en se regardant furtivement dans le reflet des portes, petits durs qui veulent en imposer et m’attendrissent, maussades tous gris qui ne supportent plus les autres, et ce vieux black incroyablement buriné, me décochant un sourire à faire tomber le soleil dans mon cœur…
Les vêtements qui changent au fur et à mesure que la ligne passe de Barbès à Monceau, de Montreuil à La Muette. Les étrangers que l’on reconnaît au premier coup d’œil, à leur regard, si différent. Ceux qui font la manche, ont la tchatche et récoltent, les moins doués qui repartent à vide. Même dans la misère, cruelle inégalité.

Ces voisins subitement bavards, heureux de trouver quelqu’un pour enfin les écouter.
À chaque visage entrevu, je me raconte une histoire, j’imagine une vie. Qu’y a-t-il derrière ces yeux, quel drame, bonheur, angoisse ou félicité ?
Je nous regarde, nous, l’humanité, si belle, si diverse et tellement semblable.

Nous vivons certes dans de petits espaces, mais pas besoin de jardin : ma ville nous en offre tant, si variés, magnifiques. Au bord de l’eau, à l’ombre de rassurants arbres, au pied des bateaux, d’une œuvre d’art, dans un coin secret et retiré : du thé, un bouquin, je suis chez moi partout.

Chacun voudrait Paris pour lui seul. Etre le seul témoin de ses merveilles, en profiter jalousement. Ne plus voir les autres, odieuse concurrence dans les files d’attente, pour s’asseoir, trouver une place en voiture et au resto, pour l’espace, pour rouler !
Difficile exercice qu’attendre en étant si impatient…
Quand “les autres” me pèsent, j’imagine être seule survivante ici. Plus personne. Comme je serais heureuse alors, de trouver âme qui vive, et me ruerais, affamée, sur sa compagnie ! Homme, femme, gamin, vieillard, sublime ou laid, dandy, clodo, tout serait pain béni.
L’autre, ce trésor, quand on sait l’accueillir, se reconnaître en lui.
Oui, “ils” sont là, eux aussi, tout comme moi, et qu’y pouvons-nous ?
Et puis sans eux, plus de foisonnement furieux, donc plus de quiétude aoûtienne, merveilleux visage exclusif et privilégié de la belle !

Sillonner les traits de son visage à l’aube ou dans la nuit. Dans la solitude, le silence. Réaliser qu’il n’est finalement pas si vaste. Contempler sa beauté sans fard, mais pas éteinte, en toute intimité.
Siffloter “Paris s’éveille”, entendre les oiseaux concurrencer la flûte. S’étonner de voir tous ces gens déjà debout.
Aller dans les cafés, déguster la verve ou l’agacement des garçons noirs et blancs et pressés, un café infâme ou divin, un croissant tout odorant, les paroles de comptoir.
Se perdre dans la gouaille luxuriante des marchés, s’y gaver de fumets, de formes et de couleurs. Si différents dans la nuit de l’hiver, à la lanterne des étalages ou au printemps, en plein soleil, à l’apogée de sa représentation.

Voir la lumière passer outre les toits, les arbres immenses s’habiller pour l’été.
Se perdre dans le manteau douillet de son anonymat.

Je me roule dans cet infini tourbillon de culture, si dense qu’on en deviendrait fou, boulimique. Sans arrêt tiraillé entre choix et paresse.
Émerveillée de tout ce qu’elle prend, de tout ce qu’elle donne.

Ma ville.

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