florence hennequin

ici et maintenant


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Au commencement il y avait les dieux et les Hommes.
Mais les femmes et les hommes n’étaient pas simplement humains. Il leur avait été donné de garder une grande part de divin en eux.
Hélas, au lieu de louer ce cadeau et grâce à lui d’acquérir la sagesse, ils en firent bien mauvais usage.
Les dieux en eurent assez et se réunirent.
Ne pouvant lui ôter sa part divine, ils cherchèrent un moyen de la dissimuler à la conscience de l’Homme.
Ils songèrent à l’enfouir au plus profond de la terre, là où aucun humain ne pourrait se rendre.
Mais ils se dirent que les Hommes, dans leur folie, seraient bien capables de trouver le moyen de creuser jusqu’au cœur.
Ils envisagèrent alors les profondeurs insondables de la mer.
Mais ne doutèrent pas que viendrait un temps où les hommes seraient capables d’aller y chercher ce trésor.
Alors l’un des dieux eût l’idée de cacher le divin en l’homme dans le seul endroit où il n’irait jamais chercher.
En lui-même.


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Les grèves répétées des compagnies aériennes sont bonnes pour la santé :

elles font subtilement accélérer le débit sanguin et le rythme cardiaque des usagers, décrassent les pacemakers. Provoquent une transpiration salutaire, propre à éliminer les toxines ingérées à l’estaminet de l’aérogare. Le teint, rosi par la fureur, s’en trouve mieux irrigué, ce qui lui donne une coloration juvénile. Le tout brûlant des calories que l’on ne dépensera pas durant le vol, faute de mouvement possible dans les sièges minuscules.  Une heure de Step ne ferait pas mieux.

Sans compter l’enrichissement intellectuel. Quoi de mieux à offrir au petit personnel, qu’un bouquet d’insultes savamment étoffé, bien plus riche que celui normalement utilisé en voiture ?

Au comptoir d’enregistrement, rendu fou par l’absence persistante de son avion, un homme s’adonnait sans retenue à l’hygiénique exercice. Une des rares hôtesses présentes essayait de lui faire comprendre qu’il n’était pas possible d’enregistrer les bagages, puisque l’on ne saurait où les entreposer. Lui ayant jeté au visage tout son répertoire d’aimables superlatifs, apparemment à court de vocabulaire, il finit par éructer un tonitruant :

« mais enfin, vous ne savez pas qui je suis ??! »

Avec un flegme britannique, un employé monta sur le pèse-bagages pour s’adresser à la foule : « mesdames et messieurs, nous avons besoin de toute votre attention : quelqu’un pourrait-il aider ce monsieur ? Il ne sait plus qui il est. « 


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Ce matin, de sa nuit le vieux chien de Marie ne s’est pas réveillé.

Tellement triste de voir son cher compagnon arrivé au bout de sa route, elle appelle son vétérinaire pour organiser son dernier voyage. Le cher homme la prie de lui amener l’animal afin de prendre les dispositions d’usage. Elle n’a pas de voiture, le toutou pèse bien 25 kilos, il lui suggère donc de le placer dans sa plus grande valise et de sauter dans un taxi. La mort dans l’âme, Marie fait de son mieux pour installer dignement le fidèle compagnon dans sa dernière niche.

Descendant ses trois étages à grand-peine, elle se dit que le métro n’est pas si loin, que l’état de ses finances s’accommodera fort bien de cette solution. La voyant au bord de la syncope dans l’escalier du métro, un galant homme lui propose de l’aider.  Il va dans la même direction qu’elle, se charge à nouveau de la valise, mais se renseigne tout de même sur le contenu, au poids tellement spectaculaire. Prise au dépourvu, une subite inspiration lui fait annoncer… du matériel informatique ! Arrive le métro. Le sauveur passe la porte avec le fardeau, et au moment où les portes se ferment, se précipite dehors, tout heureux de sa bonne affaire.

Médusée, Marie se dit entre rire et larmes que son ami l’aura décidément enchantée jusqu’à la fin de leurs aventures.

Et qu’elle aurait tant aimé être une puce sur le dos de son chien, pour voir la tête du galant homme à l’ouverture de la malle aux trésors…  


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Cet après-midi, je me sentais le cœur enfin léger.
Tu parles…
Pas plus tôt envisagé ce mot vainqueur, j’aperçois un couple enlacé dans l’herbe, me rappelant le bonheur d’être simplement contre lui. Et me voilà suffocant de désespoir.
C’est curieux le chagrin…
 Comme une lame de fond qui vous soulève, un retour de flamme dans un incendie de forêt.
Alors je ne fuis pas son énergie, je la respire à pleins poumons, la sens me traverser. J’attends qu’elle passe.
Jusqu’à la prochaine, qui prendra peut-être son temps pour me rendre visite.